Toute l'actualité de l'engagement actionnarial par PhiTrust


Notre impact:
- 1450 initiatives privées
- 120 initiatives publiques
- 27 résolutions externes déposées

Depuis plus de dix ans, nous croyons que l’éthique du management et la gouvernance ont un rôle fondamental au sein des entreprises dans lesquelles nous investissons pour le compte de nos clients.
Face aux défis immenses de la crise que nous vivons aujourd’hui, nous sommes de plus en plus convaincus que nos entreprises cotées en Europe ont besoin d’actionnaires minoritaires actifs qui les aident à développer des stratégies innovantes pour répondre aux enjeux financiers, commerciaux et sociaux de notre monde actuel, et nous essayons d’y contribuer par notre stratégie d’investissement.

16 novembre 2016

La démocratie actionnariale a-t-elle encore un sens ?

À l'heure du Brexit et des élections aux États-Unis, les propos échangés et la violence des débats nous amènent naturellement à nous interroger sur la nature de la démocratie et plus précisément sur celle que nous privilégions dans les entreprises cotées et non cotées.

Par chance, l'agressivité des débats électoraux n'a pas encore déteint dans les Assemblées Générales, à part quelques cas limités et plutôt sans conséquence. Paradoxalement, l'apathie des investisseurs minoritaires face à des prises de contrôle rampante (Vivendi), la neutralisation du droit de parole en Assemblée Générale « pour laisser la parole à tous... » (Renault), voire des déclarations erronées (jamais mensongères) sont de vraies questions, certains se demandant si cela a un intérêt d'écouter des questions d'actionnaires « sans intérêt » et si la démocratie actionnariale n'est pas un leurre.

En effet, à l'heure du temps réel dans les marchés financiers, quelle n'est pas la stupeur de voir la difficulté de voter par Internet aujourd'hui en Europe. La France dispose par exemple d’un outil dit « de place » qui ne permet pas de voter pour des résolutions externes non approuvées par le Conseil d'Administration. Ce fut notamment le cas chez Solocal : trop de résolutions externes avaient été déposées, ce que le logiciel n'avait pas prévu ! Il est facile ainsi de limiter le droit des actionnaires avec des règlementations complexes (Italie) et des processus mal maitrisés par les actionnaires, les banques et même les entreprises !

De même, alors que tous les actionnaires pensent avoir les mêmes droits en Assemblée Générale, ils n'ont pour la plupart pas réalisé qu'au sein du CAC 40, les sociétés étrangères (Airbus, STMicro, Arcelor Mittal, Solvay...) n'offraient pas les mêmes droits pour le dépôt de résolution, les convocations à l'assemblée Générale, le Say on Pay sur les rémunérations des dirigeants...

En Angleterre, les sociétés cotées doivent adhérer à un code de conduite, pourquoi ne demanderions-nous pas aux sociétés cotées à Paris de devoir adhérer au code Afep-Medef, et ce quel que soit leur pays d'origine ? Cela aurait le mérite de donner un minimum de droits communs aux actionnaires des sociétés cotées à Paris, en espérant que le vote par Internet sera généralisé et permettra à la démocratie actionnariale de s'exercer pleinement.

Nous espérons que ces propos « de bon sens » seront entendus car il en va de la vitalité de nos entreprises. Si nous voulons que les actionnaires les soutiennent dans les moments heureux ou difficiles et qu'ils soient des actionnaires de long terme, il est important de leur permettre de dialoguer avec l'entreprise, de comprendre les enjeux et de poser les questions qui lui paraissent pertinentes. Beaucoup de dirigeants préfèreraient peut-être que leur société ne soit pas cotée, pour ne pas avoir à répondre à de nombreuses questions « sans intérêt », mais il est important que tous les actionnaires puissent s'exprimer, comme en politique : sans tabou, mais avec respect et professionnalisme pour permettre un dialogue constructif sur le long terme.

Nos entreprises auront beaucoup à y gagner, nous aussi !



Olivier de Guerre
Phitrust

11 octobre 2016

Alstom, les investisseurs ont eux aussi une responsabilité !

L'annonce par la direction d'Alstom de la fermeture du site historique à Belfort a créé un mélodrame dont les français sont friands, ce qui a amené l'État français à proposer un plan de 500 millions d'euros pour éviter la fermeture du site, et ce alors qu'il était proposé par l'entreprise de reprendre les salariés à 200 km de Belfort. Ce psychodrame à la française montre bien les limites de la gouvernance de nos entreprises aujourd'hui.

Difficile d'imaginer qu'Alstom recentré sur le ferroviaire peut être pérenne seul alors même que de nombreux concurrents existent sur ses principaux marchés, que ce soit en Europe, aux États-Unis ou en Asie. Les conseils en stratégie, banquiers d'affaires et investisseurs qui ont cru à un tel scénario ont, volontairement ou pas, créé une entreprise très dépendante de la commande publique, de cycles spécifiques à cette industrie, à ce secteur.

Difficile de comprendre comment les dirigeants d'Asltom aient pu annoncer la fermeture d'un site et le reclassement de ses employés à 200 km dans l'usine de Reischoffen sans que ne soit proposé, comme d'autres entreprises le font aujourd'hui, un plan de reconversion ou de formation avec le rachat des logements, pour favoriser l'insertion dans cette nouvelle ville.

Difficile de croire que les dirigeants d'Alstom ne se soient pas rapprochés du gouvernement, comme bien d'autres dirigeants le font aujourd'hui, pour préparer et anticiper la fermeture du site de Belfort, le premier ministre s'étonnant lui-même de l'avoir appris par les medias...

Difficile de comprendre comment l'État peut investir 500 millions d'euros pour « sauver » 450 emplois à Belfort, d'autant que les 50 000 chômeurs supplémentaires dénombrés cet été n'auront eux aucun droit spécifique et recevront des propositions de formation inadaptées à la demande actuelle des entreprises.

Difficile de comprendre l'attitude de certains syndicalistes qui refusent toute évolution géographique ou reconversion pour « protéger les salariés », sans prendre en compte la réalité économique, et acceptent d'être de fait le protagoniste d'une décision gouvernementale inique pour tous les chômeurs qui n'arrivent pas à trouver un travail.

Dans cet affaire tout le monde est coupable de ne pas essayer de travailler ensemble pour trouver des solutions acceptables par toutes les parties. Et vous serez peut-être un peu étonnés, mais les investisseurs sont eux aussi responsables... Comment les entreprises industrielles pourraient-elles assurer à leurs investisseurs des retours sur investissement élevés dans une période où l'inflation est faible et où la compétition acerbe (trop de capacité de production) oblige ces mêmes entreprises à de profondes restructurations pour survivre ?

Notre monde est en profonde évolution, liée à l'émergence de concurrents industriels dans les pays émergents, à la robotisation qui s'accélère, à « l'uberisation » des pratiques des entreprises par le développement des plateformes digitales et l'arrivée des imprimantes 3D qui vont révolutionner la fabrication de nombreux objets. Nos entreprises ne pourront survivre à ces changements sans le soutien de leurs actionnaires, qui doivent comprendre les enjeux et accepter que leur rendement soit plus faible voire négatif à court terme pour préparer l'avenir. Cela demande de la pédagogie de la part de nos dirigeants et administrateurs, mais aussi un changement culturel chez les investisseurs et gérants d'actifs. Y sommes-nous prêts ?



Olivier de Guerre
Phitrust