Toute l'actualité de l'engagement actionnarial par PhiTrust


Notre impact:
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Depuis plus de dix ans, nous croyons que l’éthique du management et la gouvernance ont un rôle fondamental au sein des entreprises dans lesquelles nous investissons pour le compte de nos clients.
Face aux défis immenses de la crise que nous vivons aujourd’hui, nous sommes de plus en plus convaincus que nos entreprises cotées en Europe ont besoin d’actionnaires minoritaires actifs qui les aident à développer des stratégies innovantes pour répondre aux enjeux financiers, commerciaux et sociaux de notre monde actuel, et nous essayons d’y contribuer par notre stratégie d’investissement.

15 mai 2017

Des droits de vote double aux...droits de vote multiples ?

L'Assemblée Générale d'AccorHotels a refusé de supprimer les droits de vote double pour les actionnaires détenant depuis plus de deux ans des titres au nominatif, 52,4% des actionnaires votant pour la résolution A qui proposait d'adopter les droits de vote simple dans les statuts de la société et de respecter le principe "une action-une voix". 

La très grande majorité des actionnaires minoritaires ne souhaitant pas une place au Conseil d'Administration ont voté pour la suppression des droits de vote double, mais les investisseurs présents au Conseil ont visiblement tous souhaité garder le régime des droits de vote double.

De facto, les deux groupes d'actionnaires de référence (JingJiang International et le concert QIA / Kingdom Holdings) détiendront d'ici un an des droits de vote double... ayant aujourd'hui 13% du capital et comme la plupart des investisseurs institutionnels ou gérants d'actifs ne détiennent pas leur titres au nominatif (par souci de simplicité, de liquidité) ils seront probablement majoritaires en Assemblée Générale. 

Espérons que ce vote ne se traduira pas par la prise de contrôle de fait d'Accor par ces actionnaires au détriment des autres actionnaires minoritaires, et que ne se reproduira pas un scénario comme celui de Lafarage où deux actionnaires minoritaires bénéficiant de droits de vote double ont agi pour un rapprochement avec Holcim, avec toutes les conséquences que nous connaissons aujourd'hui …

Le plus étonnant est que certains émetteurs essayent de mettre en avant l'intérêt des droits de vote multiple pour les sociétés cotées à Paris, afin de permettre un meilleur contrôle des sociétés en croissance à l'instar des sociétés américaines qui en « raffolent »... Que cela puisse poser un problème aux investisseurs finaux institutionnels ou privés ne souhaitant pas contrôler une société mais accompagner son développement ne semble en aucune façon être une question, ces investisseurs étant vus comme des « traders ou spéculateurs » n'ayant qu'un intérêt financier et pas stratégique ou de long terme. 

Que ces mêmes investisseurs ne soient pas associés aux discussions en cours sur la place ne pose visiblement aucun problème, comme si leur avis ne comptait pas... Et l'élection d'Emmanuel Macron qui a porté lui même la loi sur les droits de vote double il y a deux ans risque d'accélérer le mouvement pour « sauver les entreprises françaises ».

Comme nous le disons depuis de nombreuses années, les droits de vote double ou multiples n'ont pas d'intérêt pour les actionnaires minoritaires, et ce d'autant plus qu'ils nécessitent d'être au nominatif, ce qui est très complexe pour des investisseurs institutionnels ou étrangers. Mais surtout, ils favorisent ceux qui comme M. Bolloré chez Vivendi, M. Frère chez Lafarge ou  JingJiang International pour ne citer qu'eux souhaitent contrôler une entreprise sans en payer le prix... 

Soutenu par de nombreux investisseurs de long terme français et étrangers, Phitrust va continuer à participer activement aux débats au cours des Assemblées Générales sur l'impact de ces droits de vote double pour les actionnaires minoritaires et essayer de lancer un débat entre investisseurs pour attirer l'attention des pouvoirs publics et de l'AMF sur les risques que poserait l'introduction en France des droits de vote multiple dans les sociétés cotées.


Olivier de Guerre
Phitrust

18 avril 2017

TCI/Safran, le capitalisme « irresponsable »

Le fonds TCI (The Children Investment Fund) met la pression sur la société Safran, considérant que l'offre sur le groupe Zodiac Aerospace est trop chère et amène le groupe à « sortir » de sa stratégie pour une société qui ne lui apporte pas de réelle valeur ajoutée et n'est pas une bonne décision pour les actionnaires minoritaires.

Depuis de nombreuses années, ce fonds activiste n'hésite pas à agir pour « améliorer le rendement de l'actionnaire » comme il l'a fait par exemple pour la banque ABN AMRO (démantelée depuis) ou la société Euronext (qui a pris alors des décisions stratégiques qui se sont révélées une erreur). La liste est longue de ces sociétés attaquées ayant dû gérer l’actionnaire TCI qui n'avait comme objectif que la valeur créée pour les actionnaires.

Cela lui a permis de passer de 500 millions $ à plus de 5 milliards de $ d'actifs gérés avec des rendements affichés  de 18 % annuels pour ses actionnaires et un partage du rendement (à hauteur de 20%) qu'il a pour partie généreusement attribué à une fondation pour les enfants en Afrique qui a reçu plus de 5 milliards $... Ces chiffres montrent le partage de valeur entre les investisseurs et l'équipe de gestion qui leur a permis de valoriser leur patrimoine.

Cette philosophie du partage de tout ou partie des gains attribués à l'équipe de gestion a attiré de nombreux investisseurs, heureux de voir qu'il y avait aussi dans la finance des âmes généreuses, et tant mieux car les projets financés le sont avec rigueur et professionnalisme.

Mais quelle schizophrénie !  Leurs investisseurs (et notamment des fonds de pension) n'ont pas analysé à l'époque de l'opération ABN AMRO par exemple que cela a amené la banque à licencier plus de la moitié de son personnel... De même pour l'opération Euronext : aucun investisseur ne s'est interrogé sur les implications pour le marché, et donc les investisseurs finaux, d'une plate-forme franco-américaine qui n'a pas tenu longtemps... Nous pourrions multiplier les exemples, le fonds TCI entrant dans des entreprises avec un objectif de plus value liée à une restructuration, un démantèlement ou encore une cession et en sortant si possible vite une fois la plus value assurée...

L'opération Safran ne peut être analysée qu'en fonction du résultat à court ou moyen terme pour l'actionnaire. Elle doit aussi être analysée au regard d'une stratégie globale, d'une nécessité d'avoir des acteurs français et européens forts pour pouvoir exister dans un marché très concurrentiel en fort développement. Comme l'a rappelé Safran, répondant à l'interrogation sur le prix de l’opération, ce prix sera lié à la réalité, et cette opération est stratégique pour Safran.

La logique prise par TCI de contester publiquement cette opération en remettant en cause la gouvernance de Safran montre qu'ils veulent aller plus loin et que tout est possible pour arriver à leur objectif. Et elle est dans la droite ligne du capitalisme financier qui croit que « tout ce qui est bon pour l'actionnaire est bon pour la société et ses parties prenantes ». 

Les nombreux exemples de dérives liées à des actionnaires qui ne recherchaient que leur intérêt propre montre bien la très grande différence qu'il y a entre l'investisseur purement financier et l'investisseur Responsable qui accompagne des entreprises ayant un projet de qualité qui prend en compte l'intérêt de toutes les parties avec une vision de long terme.

Il est important que les actionnaires responsables analysent en leur âme et conscience l'opération Safran en refusant une vision court-termiste qui ne répond plus à notre environnement social et économique, comme l'attendent nos concitoyens et la plupart des actionnaires même minoritaires.


Olivier de Guerre
Phitrust