Toute l'actualité de l'engagement actionnarial par PhiTrust


Notre impact:
- 1450 initiatives privées
- 120 initiatives publiques
- 27 résolutions externes déposées

Depuis plus de dix ans, nous croyons que l’éthique du management et la gouvernance ont un rôle fondamental au sein des entreprises dans lesquelles nous investissons pour le compte de nos clients.
Face aux défis immenses de la crise que nous vivons aujourd’hui, nous sommes de plus en plus convaincus que nos entreprises cotées en Europe ont besoin d’actionnaires minoritaires actifs qui les aident à développer des stratégies innovantes pour répondre aux enjeux financiers, commerciaux et sociaux de notre monde actuel, et nous essayons d’y contribuer par notre stratégie d’investissement.

19 octobre 2017

Que faisons-nous en tant qu'actionnaire ?

Alstom  a annoncé avec Siemens une augmentation de capital réservée qui donnera à Siemens un contrôle à 50 %, et ce sans procéder à une offre publique d'achat, le prix étant supérieur de 13% au dernier cours de bourse. 

Même si le bruit avait filtré, quelle surprise, alors même que Serge Tchuruk et Patrick Kron avaient toujours refusé une telle alliance quand le groupe Alsthom allait beaucoup mieux... Cette annonce de cession de la branche ferroviaire à Siemens survient alors même que l'un des directeurs opérationnels de la zone Asie, Férédric Pierucci, qui avait été inculpé et mis en prison aux États-Unis, vient d'être condamné à 30 mois de prison, sans que ce ne soit le cas pour d'autres dirigeants.

Il est vrai que les dirigeants d'Alstom ont réussi le tour de force de vendre l'activité turbine à General Electric alors qu'il y avait une forte suspicion d'être inculpé aux États-Unis pour corruption. Nous avions averti il y a quelques années la direction générale d'Alstom des risques liés aux enquêtes pour corruption, notamment sur certains marchés émergents, avertissements qui avaient été repoussés par Patrick Kron qui ne reconnaissait pas ces faits...

Paradoxalement, les révélations de Mediapart sur les liens familiaux qui liaient l'un des responsables du cabinet d'avocat américain qui défendait Alstom et le PDG de General Electric n'a pas remis en cause l'opération, qui était « nécessaire pour la survie d'Alstom et de l'emploi en France »... 

Deux jours avant l'assemblée générale d'Alstom, durant laquelle les actionnaires votaient sur l'opération de cession de cette branche d'activité à General Electric, il a été précisé que l'amende de 772 millions de dollars serait payée par Alstom et non pas par General Electric, minorant de ce montant les capitaux propres d'Alstom recentré sur le ferroviaire. Pour autant, l’assemblée générale n’a pas été repoussée, même si quasiment tous les actionnaires avaient voté avant cette annonce.

Le conseil d'administration, les dirigeants d'Alstom et notamment son PDG Henri Poupart-Lafarge (fils de l'ancien directeur financier de Bouygues, actionnaire d'Alstom) ont à l'époque argué du fait que la spécialisation dans le ferroviaire était une nécessité et qu'Alstom pouvait se développer seul, compte tenu de son portefeuille de commandes et de son expertise... Comment peut-on analyser cette erreur stratégique, que de nombreux analystes (dont Phitrust...) avaient relevée ? Ou plutôt, comment interpréter la succession d'événements qui amène à ce que l'ensemble des activités d'Alstom soit cédé à des entreprises concurrentes étrangères ?

Tout d'abord la volonté de Serge Tchuruk de développer une société « sans usines » l'a amené au début des années 2000 à vendre une pépite (les câbles sous-marins, devenus Nexans) puis à séparer l'activité Alcatel de celle d'Aslthom, car les conglomérats étaient, de l'avis des analystes, sous-valorisés.

Les craintes d'une amende importante suite aux affaires de corruption et d'une inculpation possible des dirigeants d'Alstom ont probablement mené à la cession de l'activité turbine à General Electric, notamment car cela arrivait au même moment que l'amende vertigineuse imposée à BNP Paribas. Cette décision a été prise sans que la très grande fragilité du pôle ferroviaire, industrie cyclique et très dépendante de la commande publique, ne soit réellement considérée. La suite correspond malheureusement à la réalité qui s'impose à un schéma industriel ne reposant que sur une branche qui n'a plus les moyens de s'imposer, notamment face à la concurrence chinoise (à qui a été vendue la technologie il y a quelques années, sans penser que ces clients deviendraient un jour des concurrents...). 

Les actionnaires n'ont plus aujourd'hui que deux choix face à la proposition qui leur est faite :

  • accepter ou refuser l'opération proposée : les dirigeants et l'État (indispensable car donneur d'ordre) pensent qu'il n'y a pas d'autres moyens de conserver une capacité industrielle en France et qu'une solution européenne est préférable à toute autre. Mais la parité de l'opération (+13%/ cours de bourse) est bien loin de celle d'opérations de fusion qui ont affiché des primes de 30 voire 50 % au-dessus du cours de bourse, représentant un manque à gagner de 800 M € pour les actionnaires existants, compte tenu de la dilution proposée.
  • rechercher les responsabilités de cette déroute stratégique dans le ferroviaire et de la cession des activités turbine à General Electric à un prix inférieur de 800 millions € au prix annoncé aux actionnaires préalablement à la conclusion de l'opération.


Derrière cette opération viendront des restructurations industrielles, des pertes d'emploi... car les deux entreprises, Siemens et Alstom, ne pourront garder tel quel leur outil de production et leurs technologies différentes. Il serait anormal, pour ne pas dire plus, que les anciens dirigeants n'aient pas à répondre de leurs décisions qui ont amené à la cession de toutes les activités à des concurrents. D’autant plus que pendant la période où ils dirigeaient la société, leurs rémunérations variables ont été importantes suite à la performance économique et financière, sans parler des indemnités de départ (plus de 4 M € pour Patrick Kron) et retraites chapeaux payées par l'entreprise...

Les investisseurs parlent aujourd'hui d'investissement responsable, il est grand temps qu'ils agissent ensemble pour demander des comptes aux dirigeants qui ont mené des stratégies détruisant de la valeur et mettant en cause la pérennité des entreprises qu'ils ont dirigées. Cela est vrai aujourd'hui pour Alstom, mais est aussi vrai pour d'autres entreprises que chacun d'entre nous saura facilement identifier.

Vous avez parlé d'Investisseur Responsable ?


Olivier de Guerre
Phitrust

19 septembre 2017

Vivendi, 15 ans après...

La réalité de la stratégie menée par le groupe Bolloré apparaît de plus en plus claire, alors même que le groupe est minoritaire chez Vivendi. Les risques d'une catastrophe boursière liée à cette stratégie, et à la gestion de la trésorerie de Vivendi au profit du groupe Bolloré, se précisent chaque jour.

Depuis que le groupe Bolloré dispose de droits de vote double, la gouvernance de Vivendi est exécrable :
Vincent Bolloré, président du conseil de surveillance, agit comme un président exécutif ;
le groupe Bolloré, actionnaire minoritaire, dispose d’une majorité de membres du conseil et contrôle le directoire ;
des membres du conseil de surveillance de Vivendi sont actionnaires dirigeants d’Havas, qui devient une filiale opérationnelle, tandis que des dirigeants du groupe Bolloré sont membres du directoire de Vivendi ;
le président du directoire de Vivendi, Arnaud de Puyfontaine, dirige la filiale Telecom Italia (sans parler italien), même si Vivendi estime "ne pas contrôler cette filiale" (le syndrome Renault/Nissan...) ;
le rachat de Canal+ semble être plus utile pour le développement du groupe Bolloré en Afrique que pour Vivendi ;
le rachat d'Havas a un prix très supérieur à sa réelle valeur, compte tenu des alertes sur résultats publiés après le rachat, est très favorable au groupe Bolloré. Que dire du paiement en cash, qui permet de rembourser une partie de l'investissement minoritaire dans Vivendi du groupe Bolloré...

Les actionnaires minoritaires peuvent, en outre, s'interroger sur la cohérence de la stratégie de Vivendi : le groupe a vendu SFR puis Blizzard (jeux vidéo américains) pour se recentrer sur une nouvelle stratégie médias/contenus, en rachetant des parts minoritaires chez Telecom Italia et Ubisoft, tout en se renforçant chez Canal+, qui n’a pas de perspectives réelles en France... Le tout avec des changements d'équipes brutaux, car seuls les "Bolloré Boys" sont dignes de confiance.

Le plus étonnant reste l'incroyable passivité des actionnaires dispersés (qui sont majoritaires) et des régulateurs qui commencent (enfin) à se réveiller. Les medias français restent très peu critiques d'une gouvernance et stratégie mises en œuvre pour servir l'actionnaire minoritaire, estimant que cela "servirait aussi les autres actionnaires"...

En 2015, Phitrust avait alerté en assemblée générale sur les risques d'une prise de contrôle par le groupe Bolloré au profit exclusif de ce groupe, grâce au mécanisme des droits de vote double. Vincent Bolloré nous avait opposé une réponse claire : sa stratégie nécessitait une prise de contrôle, "dans l'intérêt de tous les actionnaires", comme le pratiquent ses "concurrents aux États-Unis". Nous devions en voir rapidement les fruits...

Aujourd'hui, nos craintes se concrétisent avec des résultats très en-dessous des attentes, un rachat en cash des parts du groupe Bolloré dans Havas a un prix beaucoup trop élevé, sans que l'opération soit réellement intéressante pour Vivendi, et la probabilité d'une consolidation de la dette de Telecom Italia dans Vivendi pour 25 milliards d'euros...

Il est urgent que l'AMF se saisisse du dossier Vivendi et exige une gouvernance avec un conseil de surveillance et un directoire indépendants, où les opérationnels du groupe Bolloré siègent de façon minoritaire dans les instances de Vivendi, sans confusion des rôles. Le président du conseil de surveillance n’a pas de rôle opérationnel à jouer, comme le stipule les statuts de la société.

Les actionnaires en ordre dispersé sont majoritaires chez Vivendi. Il leur appartient de se rassembler et de proposer la nomination de membres du conseil de surveillance indépendants, non liés au groupe minoritaire qui contrôle aujourd'hui la gouvernance et toutes les fonctions opérationnelles de Vivendi. Au risque de retrouver la malédiction boursière chez Vivendi, 15 ans après…


Olivier de Guerre
Phitrust